Quand on compare, l'effet de la médiation se fait discret
Aux États-Unis et au Royaume-Uni, des évaluations ont confronté des affaires médiées à des affaires qui suivaient leur cours ordinaire. Leurs conclusions tranchent avec l'enthousiasme des participants.

En 1996, le RAND Institute for Civil Justice rend ses conclusions sur les programmes de médiation et d'évaluation neutre précoce créés aux États-Unis en application du Civil Justice Reform Act. Selon la présentation qu'en donne l'institut, le renvoi vers ces procédures se résume ainsi : « not a panacea, nor was it detrimental ». Les délais, les coûts et l'opinion des avocats sur la satisfaction et l'équité sont statistiquement comparables d'un groupe à l'autre. Un seul effet significatif apparaît : les affaires renvoyées aboutissent plus souvent à une issue monétaire. Avocats et justiciables passés par les programmes déclarent pourtant les avoir appréciés.
Ce décalage entre la satisfaction des participants et la sobriété des effets mesurés traverse les évaluations les mieux construites. Ces travaux portent sur la médiation judiciaire, et leur intérêt pour la médiation en organisation tient à leur méthode : ils disposent d'un groupe de comparaison.
L'expérience londonienne
Au Royaume-Uni, Hazel Genn a évalué à deux reprises les dispositifs de médiation du Central London County Court. La première évaluation, publiée en 1998, portait sur un dispositif volontaire. Le taux d'accord y atteignait 62 % en 1998, puis a plafonné à 50 % au plus les années suivantes.
La seconde, publiée en 2007 sous le titre Twisting arms, porte sur une expérimentation conduite d'avril 2004 à mars 2005. Des affaires étaient orientées au hasard vers la médiation, avec faculté de s'y opposer. Le dispositif devait fonctionner comme une expérience. Les objections en ont décidé autrement. Dans 81 % des affaires pour lesquelles une réponse est connue, au moins une partie s'est opposée au renvoi. Seules 14 % des affaires, soit 172, ont été effectivement médiées, et cet échantillon a cessé d'être représentatif.
Les chiffres qui suivent dessinent une pente. Le taux d'accord en médiation est passé de 69 % pour les affaires orientées en mai 2004 à environ 38 % pour celles de mars 2005. Il s'établissait à 55 % en l'absence d'objection, et à 48 % quand les deux s'y étaient d'abord opposées. Dans la majorité des affaires, l'accord est intervenu hors de toute médiation. Une médiation infructueuse était perçue comme alourdissant les frais juridiques d'environ 1 000 à 2 000 livres. Pour les affaires autres que les dommages corporels, la médiation réduisait en revanche significativement la probabilité d'un procès. Les auteurs en concluent que la facilitation, l'encouragement et une pression qu'ils veulent sélective et appropriée seraient probablement plus efficaces qu'une contrainte généralisée.
Les tribunaux du travail
Une troisième évaluation britannique, conduite par Urwin et ses collègues et publiée en 2010, porte sur la médiation judiciaire devant les tribunaux du travail. Son résultat va dans le même sens : une satisfaction élevée, et un effet resté non significatif sur la résolution des affaires avant audience.
Un fil commun
Ces trois ensembles se rejoignent. Dès qu'une évaluation dispose d'un groupe de comparaison, l'effet propre de la médiation sur les indicateurs judiciaires se révèle faible, nul ou limité à certaines catégories d'affaires. La satisfaction des participants, elle, reste élevée.
Le constat laisse ouverte la question des effets. Ils se logent peut-être ailleurs que dans les délais et les coûts de la justice, qui sont les indicateurs que ces évaluations avaient pour mission de suivre. Genn et ses coauteurs relèvent un autre point utile. L'accord s'explique mal par un facteur simple, qu'il s'agisse du type de litige, de la valeur en jeu ou de la complexité. Il tient davantage à la motivation des parties et à la compétence du médiateur.
Le contre-exemple de la justice restaurative
La justice restaurative pose des problèmes de mesure comparables : une rencontre entre des personnes, une forte dépendance au contexte. Elle dispose pourtant d'une base de preuves d'un autre niveau.
En 2007, Sherman et Strang recensent les évaluations disponibles en retenant seulement les études qui comportent une comparaison valide entre des groupes raisonnablement semblables. Ils écartent les comparaisons entre acceptants et refusants, les études limitées aux participants ayant achevé le processus et les études avant-après. Ils retiennent trente-six tests et tiennent l'essai randomisé pour la meilleure source de preuve. Leur conclusion est nuancée : la justice restaurative « works differently on different kinds of people ». Elle paraît réduire davantage la récidive pour les infractions graves que pour les infractions légères, et les victimes en retirent en moyenne un bénéfice. Une revue systématique publiée en 2013 dans la collection Campbell a ensuite porté sur les conférences de justice restaurative.
Les critères de Sherman et Strang écarteraient la quasi-totalité des évaluations de médiation au travail les plus citées, où la comparaison entre acceptants et refusants, la restriction aux médiations effectivement tenues et l'absence de groupe témoin sont la règle. Une recherche documentaire menée en octobre 2026 a repéré dans la collection Campbell un seul titre consacré à la médiation : un protocole de 2024 sur la médiation de rue destinée à réduire la violence. Une synthèse systématique existe hors de cette collection : la revue de Zhang, Bollen, Pei et Euwema, publiée en 2018, consacrée au rétablissement de la paix au travail.
Pour une organisation, la leçon est simple à énoncer et difficile à tenir. La satisfaction des participants dit quelque chose de la qualité perçue du processus. Elle renseigne peu sur son effet.
Sources
- Genn, H. (1998). The Central London County Court pilot mediation scheme: Evaluation report. Lord Chancellor's Department.
- Genn, H., Fenn, P., Mason, M., Lane, A., Bechai, N., Gray, L., & Vencappa, D. (2007). Twisting arms: Court referred and court linked mediation under judicial pressure (Ministry of Justice Research Series 1/07). Ministry of Justice.
- Kakalik, J. S., Dunworth, T., Hill, L. A., McCaffrey, D. F., Oshiro, M., Pace, N. M., & Vaiana, M. E. (1996). An evaluation of mediation and early neutral evaluation under the Civil Justice Reform Act (MR-803-ICJ). RAND Corporation. https://doi.org/10.7249/MR803
- Sherman, L. W., & Strang, H. (2007). Restorative justice: The evidence. The Smith Institute.
- Strang, H., Sherman, L. W., Mayo-Wilson, E., Woods, D., & Ariel, B. (2013). Restorative justice conferencing (RJC) using face-to-face meetings of offenders and victims: Effects on offender recidivism and victim satisfaction. A systematic review. Campbell Systematic Reviews, 9(1), Article 12. https://doi.org/10.4073/csr.2013.12
- Urwin, P., Karuk, V., Latreille, P., Michielsens, E., Page, L., Siara, B., Speckesser, S., Boon, A., & Chevalier, P.-A. (2010). Evaluating the use of judicial mediation in employment tribunals (Ministry of Justice Research Series 7/10). Ministry of Justice.
- Zhang, X., Bollen, K., Pei, R., & Euwema, M. C. (2018). Peacemaking at the workplace: A systematic review. Negotiation and Conflict Management Research, 11(3), 204-224. https://doi.org/10.1111/ncmr.12128
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